Il existe un mythe que je rencontre souvent chez les autrices.
C’est l’idée qu’il faut connaître toute son histoire avant de commencer à écrire.
On ne l’exprime pas toujours de cette façon. Rarement, même.
Mais derrière plusieurs blocages se cache cette croyance : avant de commencer, il faudrait avoir trouvé tous les personnages, compris toute l’intrigue, réglé les problèmes de structure et connaître la fin.
Comme si les auteurs s’installaient devant leur ordinateur avec une histoire complète déjà construite dans leur tête.
Le problème?
C’est un mythe.
Bien sûr, certaines personnes aiment planifier. D’autres écrivent avec un plan détaillé. Mais même les auteurs expérimentés découvrent souvent des choses en cours de route.
Des personnages prennent plus de place que prévu.
Des scènes apparaissent.
Des liens se révèlent.
Des idées changent.
L’écriture n’est pas toujours l’exécution d’un plan parfait.
C’est aussi un processus de découverte.
Pourquoi ce mythe est séduisant
Je pense d’ailleurs que c’est ce qui rend ce mythe si séduisant. Parce qu’il semble logique.
Si je connais toute mon histoire avant de commencer, je vais gagner du temps. Je vais éviter les détours. Je vais écrire plus vite. Je vais faire moins d’erreurs.
Du moins, c’est ce qu’on imagine.
Le piège de la préparation infinie
Dans les faits, plusieurs autrices passent des semaines, parfois des mois, à réfléchir à leur projet sans jamais vraiment entrer dans l’histoire. Elles cherchent la certitude avant le premier mot. Elles attendent le moment où tout sera enfin clair.
Mais ce moment n’arrive pas toujours.
Parce qu’une partie de la clarté se construit en écrivant.
Écrire, c’est aussi découvrir
C’est en écrivant qu’on découvre parfois qu’un personnage est beaucoup plus intéressant qu’on le croyait. C’est en écrivant qu’on réalise qu’une scène qu’on jugeait essentielle n’apporte finalement pas grand-chose. C’est en écrivant qu’on comprend parfois ce que notre histoire essaie réellement de raconter.
Je ne dis pas qu’il ne faut jamais planifier.
Certaines autrices adorent les plans détaillés. D’autres préfèrent partir avec quelques notes. Il n’y a pas une seule bonne façon de faire.
Le problème apparaît lorsque la préparation devient une condition pour commencer.
Lorsque l’on croit qu’il faut absolument tout savoir avant de s’autoriser à écrire.
L’autrice canadienne Margaret Atwood a déjà expliqué que les idées ne tombent pas du ciel comme par magie. Selon elle, il faut s’immerger dans un sujet, passer du temps avec lui, l’explorer.
J’aime beaucoup cette idée.
Parce qu’elle nous rappelle que les histoires ne se révèlent pas toujours avant l’écriture. Elles se révèlent souvent pendant.
Au fond, écrire n’est pas seulement raconter une histoire.
C’est aussi apprendre à la connaître.
Ce qui te manque vraiment
Si tu attends de connaître chaque détail avant de commencer, tu risques de rester longtemps sur le seuil de la porte.
Et c’est dommage. Parce qu’une histoire n’a pas besoin d’être complète pour mériter d’être écrite.
Elle a simplement besoin d’un point de départ, d‘une scène, d‘un personnage, d‘une question, d‘une situation qui t’intrigue suffisamment pour avoir envie de la suivre un peu plus loin.
Un petit exercice
Prends quelques minutes pour réfléchir à ton projet actuel.
Puis réponds honnêtement aux questions suivantes :
- Qu’est-ce qui me manque réellement pour commencer?
- Est-ce qu’il me manque une histoire?
- Ou est-ce qu’il me manque la certitude que mon histoire est la bonne?
- Qu’est-ce que je pourrais découvrir uniquement en commençant à écrire?
- Qu’est-ce qui arriverait si je m’autorisais à avancer sans avoir toutes les réponses?
Il n’est pas nécessaire de trouver les réponses parfaites.
L’objectif est simplement d’observer ce qui se cache derrière ton hésitation.
Parce que parfois, ce qui nous bloque n’est pas le manque d’idées.
C’est la croyance qu’il faut tout savoir avant de commencer.
Et si tu as l’impression d’avoir une idée sans savoir quoi en faire, j’ai créé un mini-cours gratuit pour t’aider.
Dans Trouve le fil coneucteur de ton livre, je te guide à travers quatre courtes leçons pour t’aider à clarifier ton projet, retrouver ce qui t’attire dans cette histoire et avancer avec un peu plus de confiance.
Parce qu’avant de connaître toute ton histoire, il suffit parfois de trouver le fil qui donne envie de tirer dessus.